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 trampled rose

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Le Chat de Cheshire

AVATAR : ANDREA CARRAZCO
CREDIT : VENUS IN FURS
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MessageSujet: trampled rose   Dim 3 Jan - 15:59

Son regard se focalisa sur les trois boules d'acier rondes fendus à l'horizontale. Le nom de l'artiste qui avait peint l’œuvre, et dont le musée dans lequel elle se trouvait rendait hommage à travers une rétrospective, ne lui disait absolument rien. Ses lacunes en matière d'art contemporain ou classique étaient si nombreuses, qu'elles dissimulaient son manque de culture générale par un semblant mutisme auprès de ses camarades de classe. Elle évitait toutes leurs conversations érudites sur ce qu'ils considéraient comme les « plus hautes formes de l'art » en adoptant une attitude passive et abrutie. Lorsqu'ils lui demandaient ce qu'elle pensait de tel artiste ou de tel autre, elle feignait de ne pas avoir écouté leur conversation, et exagérant son air apathique par des interjections très peu élégantes. Ces camarades de promotion la désignait comme la fille « dans la lune », ou la fille « sur son nuage », et ces quelques périphrases suffisaient pour que les gens de son école reconnaissent le sujet de la conversation. Son manque d'intérêt pour les choses étonnaient ses camarades, qui étaient crédules quant à la présence de cette fille au sein de leur cursus scolaire. Elle semblait être tombée de nulle part - peut être d'une autre planète ou d'une autre galaxie- et semblait ne pas savoir elle-même ce qu'elle faisait là, assise sur les bancs de la fac au milieu de gens de même âge qu'elle, et pourtant si étrangers.
Le titre du tableau était une suite de mots insensés, dont elle pris note dans son petit carnet au motif fleuri, pour imiter ses camarades attentifs aux conseils de leur professeur. Elle écoutait d'une oreille distraite les explications de Erika, cette jeune première avec qui elle était devenue par défaut amie, après s'être toutes les deux retrouvées seules, exclues des différents groupes qui s'étaient formés dans la classe. La jeune fille racontait que l'artiste en question faisait partie du mouvement surréaliste, dont le but était de s'inspirer de la matière des rêves et des créations de l'inconscient pour produire des images déroutantes dont la signification était difficile et non immédiate. Tandis que la grande bavarde étalait toute son érudition en portant sa voix pour que le maximum de gens présents dans la salle puisse profiter des informations capitales qu'elle leur donnait gracieusement, la petite muette contemplait scrupuleusement les différentes peintures qui ornaient les murs blues sombres de la pièce. Elle restait plantée devant chaque oeuvre au moins une dizaine de minutes, captivées par le réalisme des coups de pinceaux du peintre, si bien qu'elle se retrouva très vite toute seule, abandonnée de son groupe et même de son amie, qui avait fini par trouver une autre victime pour ses longs monologues.Son cheminement dans l'exposition était fait d'allers-retours entre les quelques tableaux qui avaient marqué son attention, et notamment celui du bouquet des trois petites boules d'acier. Après avoir enfin réussi à décrocher son attention de l'image et avancé dans l'exposition, elle choisit finalement de faire demi-tour et de retourner sur ses pas pour aller une nouvelle fois observer ce tableau qui lui semblait si incongru. La pièce était seule sur son pan de mur, dans une salle très peu fréquentée puisqu'elle correspondait à une sorte de vide dans la vie du peintre. Il semblait que ce n'était pas à cette période que l'artiste avait réalisé ses plus grands chefs d'oeuvre. Ainsi, les gens traversaient d'un pas rapide la pièce et sortaient sur la gauche pour gagner au plus vite la fameuse salle dans laquelle se concentraient les tableaux les plus connus de l'artiste. La jeune fille, qui ne connaissait ni le nom ni l'oeuvre de l'artiste, prenait à contre-courant les vagues formées par les visiteurs, et restait focalisé sur les œuvres les plus obscures du peintre. Elle se demandait ce que pouvait représenter ces trois boules d'acier fendues ? Quelque chose comme un absolu ? Le tableau l’amena progressivement dans la sphère de la métaphysique, discipline qui lui était encore inconnu. Son cerveau s'ouvra progressivement aux origines du monde et aux questions existentielles, qu'elle ne s'était jamais  posé auparavant, et qui la tourmentait subitement comme un cyclone qui se réveillerait au centre de la mer sans aucune explication valable.
Son esprit en surchauffe, elle sentit des gouttes de sueur perler sur son front, et le sol disparaître sous ses pieds. Ses yeux se fermèrent sur cette image devenue floue des trois boucles d'acier fendues horizontalement.  

* * *
Elle a l'habitude de la compagnie d'homme d'âge mûr, qu'elle rencontre dans des cafés de la capitale dans lesquels elle passe la moitié de son temps, un livre ouvert à la main. Son apparent intellectualisme et son goût pour les livres attirent des inconnus férus de littérature, qui engagent la conversation sur ces nombreuses lectures. Elle arbore fièrement ces livres un peu mielleux qui l'apparentent aux jeunes filles de son âge. Elle a constitué sa bibliographie en observant attentivement les livres que lisent, dans les couloirs de la fac, ses camarades de classe. Anna Karénine à la main lui donne des airs de jeune fille de bonne famille, tandis que les Hauts de Hurlevent la gratifie d'un côté romantique qui plaît énormément à ces hommes érudits. Si elle est ridiculisée par ses camarades de classe pour son inculture, on ne peut lui nier un certain génie dans l'art d'attraper dans ses filets ces hommes d'une classe moyenne, attirés par la pureté de cette jeune fille au visage mélancolique. Elle ne dispose pas de tous les outils de l'aguicheuse affermie par l'expérience, des ongles vernis à la jupe raccourcie jusqu'au haut des cuisses, et y préfère la simplicité de son maquillage neutre et de ses chemisiers délicats. Elle n'use pas non plus de tous les ressorts de la séductrice, et ne joue pas de son air ingénu et de sa naïveté naturelle. Aux clins d’œil évocateurs, elle préfère les gestes attentionnés et les petites galanteries, qu'elle accepte par courtoisie. Si un homme lui paye sa boisson, ou lui tient la porte en sortant du café, elle sourit timidement, en faisant volontairement abstraction de la dimension paternaliste de ces gestes. Elle se plie à ses codes quelque peu formels, et oublie ses convictions personnels dans ce jeu un peu vilain de la séduction. Lorsque l'homme lui demande ce qu'elle fait dans la vie, elle répond vaguement en disant qu'elle est étudiante dans le domaine de l'art. Elle évite les questions sur sa vie privée, et s’abstient à raconter les histoires des héroïnes des livres qu'elle feuillette comme des magazines people.  Elle reste quasiment muette, pose très peu de questions, et apprécie les silences pesants, noyés dans le bruit de fond du café et dans la musique aux airs jazzy diffusée dans les enceintes. Certains de ses compagnons parlent abondement pour combler ses blancs, elle regarde alors dans le vide et écoute d'une oreille passive leur longs monologues larmoyants. Elle ne veut rien savoir sur leur vie, sur leur famille et leur travail. Elle préfère le mystère d'une rencontre fortuite avec un inconnu qu'elle ne reverra jamais plus. Certains séducteurs n'ont pas compris que c'est dans les silences que la jeune fille est conquise. Avec elle, il n'y a besoin que d'un regard assumé pour qu'elle vous suive dans une chambre à coucher, une chambre d'hôtel ou dans un salon luxueux.
Dans ces espaces privées, elle se déshabille, en conservant sa pudeur de jeune fille. Elle laisse tomber son chemisier et sa jupe plissée au pied du lit, et regarde l'homme se défaire de ses habits. Elle découvre sa peau laiteuse, qui est aussi limpide que l'eau de source, comme si personne ne l'avait encore touchée, caressée, embrassée. Nue dans la chambre inconnue, elle attend que l'homme vienne à elle, et qu'il la prenne dans ses bras, la décolle du sol et la couche dans le lit. Elle apprécie la tendresse et le respect des gestes affectueux de ces hommes expérimentés, qui connaissent le corps des femmes comme s'ils l'avaient modelé. Elle les laisse poser leurs mains sur son corps d'enfant, comme si c'était un cadeau qu'elle leur faisait et qu'ils étaient le premier à jouir de cette gratitude. Avec chaque homme, elle agît comme si c'était la première fois.

* * *

Elle en avait eu marre des assiettes en faïence accrochées sur le mur de la cuisine, aux motifs fleuris passé de mode. La passion démesurée de sa mère pour la vaisselle en porcelaine était quelque chose qu'elle n'avait jamais compris. A plusieurs reprises, elle avait imaginé décrocher les assiettes du mur et les jeter violemment par terre. Cette envie, qu'elle n'avait jamais encore assouvie ...

sa mère choyait de manière démesurée en passant parfois certains après midi à les épousseter, à la nettoyer avec du vinaigre et

   
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trampled rose

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